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reculer sans créer de dégâts physiques

 

Comment faire reculer un cheval sans créer de dégâts physiques

Je suis Virginie Belliard, ostéopathe animalier et auteur du blog: https://soins-et-toucher.com/

 

Aujourd’hui Laurent Fumet m’invite à écrire un article sur son blog pour parler du reculer en le comprenant sous l’angle de l’équitation et de l’ostéopathie.

Dans les différentes pratiques équestres, on peut voir que la plupart des cavaliers demandent à leurs chevaux de reculer.

Par exemple, en regardant n’importe quel concours de saut d’obstacles, on peut remarquer le nombre important de cavaliers qui commencent par reculer, puis partent au galop et enchaînent les obstacles.

Et que voit-on en fin de parcours ?

Le cavalier arrête son cheval et le fait reculer lorsqu’il n’a pas eu le contrôle qu’il aurait souhaité sur le parcours !

Mais pourquoi faire cet exercice ?

La réponse à cette question pour bon nombre de cavaliers va simplement être: « c’est pour remettre du poids sur les hanches ! »

Alors oui, c’est une des raisons et visiblement beaucoup de chevaux en ont besoin 😉

Creusons un peu plus loin pour comprendre d’où vient cet « engouement »…

Depuis que je monte à cheval, euh, ça commence à faire une trentaine d’années !

Je n’ai aucun souvenir d’avoir effectuée et vu pratiquer cet exercice pour autre chose qu’une reprise de dressage.

Ma mémoire me joue peut être des tours, n‘hésitez pas à me contredire…

Et depuis plusieurs années, on a vu avec la diffusion des concours à la télévision se généraliser cet exercice. Effectivement, les cavaliers professionnels et le haut niveau en général font régulièrement reculer leurs chevaux.

C’est probablement ainsi que les amateurs et les moniteurs ont intégré par mimétisme progressivement le reculer dans le travail du cheval.

Alors aujourd’hui, le reculer serait devenu un exercice banal…

Mais l’est-il réellement ?

Je vous propose au-delà du fameux « remise en équilibre sur les hanches » du cheval d’analyser concrètement les intérêts de ce fameux reculer pour l’utiliser en conscience et à bon escient…

Pour vous parler de ces bienfaits, je vais me positionner du point de vue de la biomécanique du cheval qui intéresse l’ostéopathe. Ne nous y trompons pas, l’idée, c’est bien d’optimiser son utilisation dans la pratique de l’équitation.

1. Faire comprendre et apprendre au cheval un mouvement complexe

 

Tout d’abord, le reculer n’est pas inné chez le cheval. La programmation locomotrice d’un animal de fuite, c’est le mouvement vers l’avant le plus vite possible. Il suffit de voir la difficulté que certains chevaux ont à comprendre ce mouvement…

C’est la raison pour laquelle il faut absolument apprendre d’abord son exécution avec le travail en main (cf les méthodes éthologiques).

La première réaction du cheval quand il ne connaît pas ce mouvement, c’est de lever la tête.

Ah le fameux report de poids sur les hanches pour alléger l’avant ! Certes mais à quel prix !

Autre option: il se décale en esquissant un pas de côté, soit il se bloque et ne bouge pas d’un pouce avant de trouver un échappatoire.

Il peut aussi se déplacer en se décalant sur le côté tout en levant la tête…

Bref, au final, les débuts du reculer sont difficiles et n’arrangent en rien le physique du cheval.

En effet, en levant la tête, le dos se creuse.

En se décalant sur le côté, il se désengage.

Vous l’avez compris, ce n’est pas ce que l’on recherche.

C’est la raison pour laquelle les ostéopathes déconseillent vivement de faire reculer les chevaux montés tant qu’ils ne savent pas le faire parfaitement à pied sans creuser le dos et/ou se désengager.

Cela amène en fait le contraire de ce que l’on recherche en équitation.

Petit temps mort: repensez aux reculer que vous voyez le plus souvent, alors à quoi ressemblent-ils ?

D’autre part, comme c’est un mouvement complexe que le cheval n’a pas « en magasin » dans ses mécanismes locomoteurs, son apprentissage ne peut se faire que dans le calme et len-te-ment

C’est en décomposant le mouvement que le cheval va apprendre à l’exécuter correctement et va ainsi enrichir ses réponses locomotrices et ses capacités proprioceptives.

Alors qu’est-ce que la proprioception ?

« La proprioception regroupe les récepteurs et l’ensemble des terminaisons nerveuses permettant à un individu de connaître la position et les mouvements de son propre corps sans avoir à les observer visuellement. »

Voilà qui est très intéressant, c’est exactement ce qu’un cheval de sport mais aussi de loisir doit développer pour être performant ou simplement bien dans son corps.

Concrètement, il faut que le cheval comprenne que lorsqu’il lève un de ses membres, il doit le porter vers l’arrière et non vers l’avant.

C’est une vraie déprogrammation-reprogrammation cognitive !

Pour vous mettre à sa place, pensez à des exercices qui vous demandent une coordination inhabituelle et que vous n’arrivez pas à faire du premier coup…

Comme les premiers essais ne seront pas concluants, il faut avoir en tête les notions de reculer en ligne droite pour conserver l’engagement sans creuser le dos.

Pour garder le dos rond, il y a deux options à mettre en place:

Soit le cheval recule la tête basse pour permettre aux vertèbres de rester en flexion et ainsi avoir un dos tendu (voir schéma 2).

L’horizontalisation, l’abaissement du bras de levier tête/encolure va permettre d’arrondir et d’étirer le dos par le jeu de traction des ligaments et des muscles vers l’avant.

Soit, le cheval conserve l’engagement des postérieurs sous la masse avec une flexion du bassin (voir schéma 1).

(Veuillez m’excuser pour mes talents de dessinatrice).

 

 

Cela va avoir pour effet d’étirer et de tracter les muscles et les ligaments de la colonne vertébrale vers l’arrière de par le jeu de l’arrière-main.

Par ces deux moyens, on ne nuit pas à l’intégrité physique du dos du cheval.

On peut les utiliser l’un sans l’autre ou les deux ensemble.

Dans le deuxième cas, c’est une gymnastique qui demande un cheval déjà bien assoupli dans sa ligne du dessus. Cela demande des muscles extenseurs étirés et des ligaments de la colonne vertébrale travaillés dans l’extensibilité. Cela implique également une ligne du dessous forte (abdominaux).

Pour mettre en place ce travail en « tirant par les deux bouts vers l’avant et l’arrière » il suffit de reprendre le schéma 2 et d’ajouter un engagement de l’arrière-main identique au schéma 1.

En conclusion lors de l’apprentissage du reculer vous avez trois axes progressifs à travailler:

  • Lui demander de reculer sur une encolure basse.
  • Rechercher progressivement un engagement plus important en restant en ligne droite.
  • Cumuler progressivement l’encolure basse et l’engagement.

Enfin, que faire si votre cheval ne recule pas droit ?

Faites votre reculer en lui demandant un léger pli de la tête du côté où il se décale.

Un exemple sur ma chaîne youtube pour voir comment le demander en main:

 

2. A quoi sert le reculer d’un point de vue équestre ?

 

Outre, les intérêts que j’évoque ci-dessus: gymnastique et proprioception, on peut l’utiliser dans de nombreuses situations comme un exercice de base.

Faire quelques pas lents et amples avant tout travail monté ou non permet de « pré-chauffer » l’ensemble des articulations (dos et membres).

Le reculer est également intéressant pour étirer les muscles propulseurs de l’avant-main et de l’arrière main car dans la marche classique il fonctionne davantage en se contractant. Les étirer permet de conserver une meilleure élasticité.

Idem en fin de travail, cela permet un étirement global de l’ensemble du corps.

A quel moment passer du reculer en main au reculer monté ?

Tout simplement lorsque le mouvement est acquis en main. Cela permet en outre d’éviter l’opposition entre la main et la jambe puisque vous aurez pu trouver un code pour le demander.

Alors et le fameux report de poids sur l’arrière-main ?

En suivant cette progression, il est à la fois possible et efficace. De plus, les risques de détérioration de l’intégrité physique du cheval sont évités 😉

L’intérêt fondamental d’avoir un cheval qui maîtrise le reculer, c’est que cet exercice ne sera plus vécu comme une punition par le cheval mais comme un mouvement d’assouplissement connu.

Cela est également très utile pour descendre d’un van sans panique !

Pour terminer, j’ai une petite anecdote sur le sujet. J’ai une jument de 24 ans qui recule facilement. J’ai constaté régulièrement qu’elle avait acquise cette réponse à son comportement locomoteur.

Je l’ai vue à maintes reprises utiliser un reculer parfait pour « coincer » en sécurité un congénère et menacer de le taper 😉

Si vous souhaitez des informations et des exercices complémentaires pour prendre soin du bien-être physique et mental de votre cheval, cliquez ici pour avoir des renseignements sur « les ateliers de soins et toucher »

 

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